Trek au Cirque de Mafate

Trek au cirque de Mafate Crédit : IRT - Frog 974
Crédit : IRT - Frog 974

Infos pour un Trek au cirque de Mafate, La Réunion / 2012 /

DOS D’ÂNE OU MAÏDO ?

Questions essentielles pour un trek au cirque de Mafate #1

Dos d’âne ou Maïdo ? Voilà une question des plus pointues. Si tu entres dans Mafate par Dos d’âne alors tu ressortiras par le Maïdo. Alors que si tu décides de faire ton entrée sur la grande scène du cirque par le Maïdo et bien tu ne rentreras donc pas par Dos d’âne. En revanche tu ressortiras par là. Cqfd. Maïdo c’est l’entrée du public et Dos d’âne c’est l’entrée des artistes. Soit tu entres par la grande porte et tu ressors par la porte de service, soit non. C’est un choix. Soit tu graviras les pentes du Maïdo, soit tu goûteras celles de Dos d’âne. Conversation sans fin, ni queue, ni tête, ni rien, ça nous a fait la semaine.

En prenant vos infos sur l’île de la Réunion, vous constaterez que le choix de balade est grand : entre la plage, la sublime côte sauvage, les hauts, les cirques, les pitons et les rougails saucisse, il y a de quoi faire… Mais ici rendez-vous est donc pris pour un trek au Cirque de Mafate, un des monuments de l’île de la Réunion. L’idée serait de passer la nuit au coeur du cirque dans un case créole qui accueille les randonneurs. Entrée du cirque par Dos d’Ane (c’est décidé !), descente jusqu’à Deux bras, puis on suit Rivière des galets, pour remonter jusqu’à Roche plate où nous passerons la nuit. Et devines quoi, le lendemain il faudra donc ressortir du cirque, et nous le ferons par le Maïdo. Voilà le planning. Mais attention ce planning n’est pas valable à tous les coups. Cela dépend si tu rentres par Dos d’âne ou par Maïdo. Je ne sais pas si j’ai été très clair ?

Trek au cirque de Mafate credit : IRT - Lionel Ghighi
Crédit : IRT – Lionel Ghighi

CHAUSSURES OU SANDALES ?

Questions essentielles pour un trek au cirque de Mafate #2

Samedi matin à l’aube, départ dans une ambiance enjouée. C’est notre week end off au beau milieu d’une tournée bien remplie alors les mines réjouies sont de sortie ! Nous emboitons le pas de notre guide du jour, le grand Matthieu.

Une fois garée la voiture à Dos d’Ane, le choix des chaussures s’impose : sandales de rando pour certains, tennis de trek ou carrément chaussures de montagne pour d’autres, il y a plusieurs écoles. Pour ma part, j’avais décidé de n’emmener dans mes valises que mes sandales de randos. Mais je n’étais pas sûr de moi. Je ne connaissais pas le terrain, je n’avais pas mes repères, je doutais. Et puis Matthieu m’a proposé de vieux tennis de Trek qu’il avait en sa possession.

Alors j’me suis dit que ça serait p’tet mieux que mes sandales pour marcher longtemps… (notez la suspension).

Trek au cirque de Mafate Crédit : IRT - Luc Perrot
Crédit : IRT – Luc Perrot

UN TREK À MAFATE EN 5 ETAPES

Oh joie de la randonnée

Nous entamons la descente dans le cirque à l’ombre d’une forêt à flan de paroie. Je peux sentir que la pente est raide, le dénivelé rapide, mais la végétation diminue l’impression de vertige. Entrapercevant entre deux trouées de verdure, les gigantesques murailles naturelles sur le versant opposé, je me figure un peu mieux la topographie des lieux… de quoi se demander comment il est possible de tracer un chemin là dedans. La matinée annonce déjà une journée forte en émotion et en température. C’est sportif mais c’est une descente. Les chaussures, pas vraiment à ma taille, me tuent la voute plantaire, je sens déjà les ampoules arrivées… Je décide d’un coup d’en changer et de remettre mes sandales de rando. Nicquel, à l’air libre le pied respire.

5. Et puis les premiers signes…

4. La sandale qui s’accroche à une racine et qui manque de me faire trébucher…

3. Et puis la cheville qui manque de partir sur un déséquilibre…

2. Je le sens de moins en moins bien…

1. Et pourtant je ne ralenti pas l’allure, grisé par l’ambiance, Ahahah ! bande de chiens fous !

0. Et Crac ! … … Aïe. 

C’est l’entorse. Au fond du cirque. Au fond du trou.

Trek au cirque de Mafate Crédit : IRT - Lionel Ghighi
Crédit : IRT – Lionel Ghighi

MAFATE : 1 SAM : 0

J’ai testé pour vous se faire la cheville en trek au cirque de Mafate

Première décision à prendre : Je rentre à la maison ou je continue ?

Un peu comme lors de mon trek au parc Los Nevados en Colombie, l’envie de ne pas râter une expérience unique, la blessure sur l’égo, la pression inconsciente du groupe, tout ce que vous voulez, fait que je veux me faire violence et ne pas renoncer, ne pas abandonner !

Ma réponse : Je continue. (Mauvaise réponse)

Après le choc, la cheville tient le coup, un petit hématome apparaît, mais la douleur n’est pas insupportable, la cheville est chaude, je peux marcher, je continue. (Analyse complètement idiote)

On arrive au fond du cirque et on se pause pour une baignade bien venue dans la rivière des galets. Il fait chaud et l’eau glacée de la rivière me met un coup de fouet. Puis c’est la deuxième étape du parcours le long de la rivière des galets, de passage à guet en passage à guet, on enlève ses chaussures ou pas selon la technique « pieds au sec » ou « pieds trempés ». Au total 8 passages dans la flotte, parfois jusqu’à la taille, dans l’eau froide de la rivière. Logiquement, la cheville va avoir vite fait de se refroidir et à la pose déjeuner, à mi-parcours, après 4h de marche, je suis totalement bloqué, je n’avance plus.

Deuxième décision à prendre : je continue ou je fais demi-tour ?

Arrivé là, c’est soit croire au père noël et penser pouvoir faire la montée sportive vers Roche plate, compter sur une nuit de repos, des soins éventuels et sur offrande sacrificielle aux dieux de la montagne pour survivre à l’ascension finale du Maïdo. Ok. Soit faire demi-tour et espérer arriver à temps au point de rendez-vous des 4×4 qui ramènent les touristes venus se balader sans effort au coeur du cirque.

Ma réponse : Je fais demi-tour. (Bonne réponse mais il aurait mieux valu y penser plus tôt.)

Matthieu se dévoue pour me raccompagner. Armé d’un baton de pèlerin, c’est la mission « sortir du cirque de Mafate avec une entorse à la cheville ». Je mettrai 2h pour traverser les 7 passages à guets déjà passés à l’aller et finalement arriver au point de RDV des 4×4.

Trek au cirque de Mafate Crédit : IRT - Corinne Tellier
Crédit : IRT – Corinne Tellier

SORTIR D’UN TREK AU CIRQUE DE MAFATE

Avec une cheville en vrac

Le principe est simple, il va me falloir de la chance. Les 4×4 sont en fait « réservés » par les touristes qui ne souhaites ni entrer par Dos d’âne, ni sortir par le Maïdo, ni imaginer de le faire dans l’autre sens. Le 4X4 les amène directement à l’intérieur du cirque et puis ils donnent une heure de RDV au même endroit pour que le 4×4 viennent les chercher pour les ramener au village.

Matthieu me laisse donc là, en espérant que tout se passe bien. Il va remonter par Dos d’Âne, en héros, pour chercher la voiture et venir me récupérer au village.

Après une demi-heure d’attente, des touristes débarquent au lieu de Rdv. C’est le signe !

Quelques minutes plus tard : Miraaaaaaacle ! Le Graal, le Nirvana, l’atteinte du point d’orgasme n’est pas loin : un gros pickup 4×4 déboule en trombe. Une fois ma situation expliquée au chauffeur il accepte que je m’ajoute au trajet moyennant une petite participation. Me voilà montant dans le premier et dernier 4×4 venu récupérer 4 personnes sortant de balade.

La fenêtre météo était donc réduite, je savoure ma baraka, après avoir purger ma blessure karmique j’imagine que les planètes étaient alignées pour rééquilibrer tout ça…

L’intérieur de l’habitacle est réservé pour ces messieurs/dames qui avaient loués les services du chauffeur. Je monte donc debout dans la benne du pickup avec 3 cafres de Mafate profitant du voyage pour se rendre en ville.

Inutile de vous dire que cela m’était bien égale d’avoir à souffrir un peu plus, debout sur un jambe, secoué par les aléas de la piste, au contraire. J’étais pas très loin d’être dans un état extatique. J’ai toujours adoré rouler la tête au vent, cela fait partie des petits plaisirs de l’enfance qui me sont restés. Et là, à l’arrière d’un 4×4, au milieu d’un décor grandiose, je savourais l’intérêt d’avoir un gros 4X4 dans des conditions de loin plus aventureuses que les trottoirs de Paris. Seulement 30 minutes et trois impressionnants passages à guets plus tard, me voilà à Rivière des galets ville ! Sauvé !

Trek au cirque de Mafate Crédit : IRT - Emmanuel Virin
Crédit : IRT – Emmanuel Virin

MORALITÉS

Il n’est pas mort alité.

Il va me falloir attendre mon sauveur, Matthieu, en espérant que tout se passe comme prévu. Et 2h30 plus tard, le voilà qui arrive comme annoncé. Cela me parait sur le moment complètement miraculeux. J’ai eu du temps pour comprendre que tout cela aurait pu se terminer plus mal et se transformer en véritable galère.

Faire un trek au cirque de Mafate n’est pas anodin. Les voies d’accès sont plus que limitées. Les habitants y vivent en autarcie. Et mise à part ce lieu de rdv des 4×4 aux venues très aléatoires, la seule façon d’accéder au cirque c’est soit ses deux pieds, soit l’hélicoptère.

Si c’était à refaire, je ne referais évidemment pas les même choix. Et si il y a bien un conseil à suivre en cas d’accident léger, c’est de renoncer le plus vite possible avant d’être trop avancé dans le cirque pour pouvoir sortir rapidement. A moins que vous vouliez avoir à appeler un hélicoptère et faire se déplacer les secours pour vos bêtises !

Trek au cirque de marathe Photo Valérie Abella
Crédit : Valérie Abella

Pendant ce temps mes compères continuais leur découverte de Mafate. Il sortiraient le lendemain par le Maïdo en ayant peut être la chance de contempler de la haut des paysages à couper le souffle. Mais comment aurait-il pu en être autrement tant les paysages de la Réunion sont incroyables.

Avez-vous des histoires drôles à raconter sur vos randonnées ?

PS : Comme vous le savez j’ai l’habitude d’utiliser mes propres photos pour illustrer mes articles, sauf quand, comme ici, je n’ai pas pu en prendre pour des raisons qui ne s’expliquent plus si vous êtes arrivés jusque là ! Merci à Ile de la Réunion Tourisme et à tous les photographes dont je vous conseille de découvrir le travail.

16 Commentaires

  • Je compatis, je suis une tête de mule aussi quand j’ai un objectif… parfois à tord ! Dans le genre « truc à la con qui peuvent finalement être très grave » : parti avec trop peu d’eau en rando (pour ne pas avoir besoin de 2 sacs à dos) en plein été et être proche de la déshydratation paumé au milieu de nul part…

    • Ah oui je confirme : Très mauvaise idée que j’ai aussi expérimenté il y a longtemps avec un pote ! On a fini en léchant la rosée qui perlait sur la végétation… ça marche cela dit ! ;-D

  • Tu as une façon très drôle de raconter tes malheurs… 😉 Maintenant j’ai presque peur de partir en rando avec toi! tu as toujours de ces aventures… héhéhé

    • Je ne sais pas, chacun de mes potes avait des types de chaussures différentes et il n’y a qu’à moi qu’il est arrivé quelquechose ! Donc bon… Il faut surtout savoir si on est fragile des cheville ou non je pense…

  • Finalement, heureusement que tout s’est bien terminé pour toi ! Effectivement cela aurait pu être pire. Comme quoi, il ne faut jamais lésiner sur les chaussures (même si bien sur l’entorse aurait pu arriver avec les bonnes).
    En rando, je me fais souvent peur toute seule, en me disant, qu’est ce que je fais si je me blesse là?, comment je rentre?, mais heureusement, pour le moment, je n’ai jamais rien eu de grave.
    La seule fois où j’ai renoncé à finir une randonnée, c’est la Grande Traversée du Jura. J’ai sentie une tendinite qui devenait de plus en plus insupportable après 3 jours de marche. Le dernier jour, le moral et le mental n’y était plus. Alors, le 4° jour, j’ai abandonné dès le matin (profitant que l’on était en ville) pour pouvoir facilement retourner en stop à la gare. Je pense que j’ai bien fait, ça aurait été plus facile que de trouver une voiture en pleine forêt… Pas de regret, j’en avais trop marre de la rando dans les sapins et en plus il pleuvait des cordes !

  • Je me suis souvent posée la question… Et si là à cet instant je me tordais la cheville, le genoux, perdais une chaussure, perdais un bras, que mon sac me lâchait, qu’une vache me fonçait dessus… Qu’est que je ferais? Toujours dure de choisir…
    J’ai bien aimé ton écriture en tout cas! 🙂

  • Exact, pour des pros de la rando, la sandale à Mafate ou ailleurs, c’est comme le pianiste qui fait du skate: il risque de mettre à mal sa passion, son gagne pain. La Réunion c’est que des escaliers, même pour aller faire ses besoins la nuit, si t’as pas une lampe tu peux vite faire ton dernier vol.

    • Ahah ! Y’a plusieurs écoles en tous cas c’est sûr… j’ai vu des mecs qui semblaient des réunionnais monter à Dos d’âne en tong ! 😉 En Colombie la chaussure de randonnée c’est la botte en caoutchouc !

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