Valparaiso, aux couleurs vives de la vie

Visiter valparaiso incontournable d'un voyage au chili
Photo by Maria Michelle (usage libre)

Valparaiso ou comment je suis tombé amoureux d’une ville plus que d’un pays. Après avoir passé 3 semaines au Chili il y a 4 ans, que me restait-il de ce voyage ?

Vous allez me demander « pourquoi » je ne m’étais pas encore étendu sur ce voyage au Chili !? Et bien très chers lecteurs, sûrement qu’une chose en entrainant une autre… et puis la perte de mes photos du Chili… ont fait que… (les photos ici sont des vieilles sauvegardes Facebook avec une résolution toute pourrite donc.) Ou peut-être qu’il y avait quelque chose qui me retenait inconsciemment de parler de ce voyage.

BREF ! Me voici me voilà pour vous parler d’une ville qui reste gravé dans mes souvenirs comme un val du Paradis…

Calés dans un appartement planté sur les hauteurs du Cerro Alegre, il était alors tentant de prendre quartier dans les cafés alentours. Notamment un peu plus bas vers le Cerro Concepción : pour nous c’était le Café con letras (devenu Café con cuento), et c’était le Fauna et cette incroyable vue sur Valparaiso.

Ça pose l’ambiance non ? (Bon encore une fois les photos sont pourrites mais quand même)

Nous avons passé 3 jours à crapahuter la ville et il nous aurait fallu une semaine pour en survoler la totalité. Valparaiso est découpé en 40 Cerros (collines), il faut donc avoir ses chaussures bien accrochées pour parcourir la ville. Ça monte, ça descend, on pourrait être tenté de monter un cerro puis de redescendre jusqu’à la mer pour découvrir le prochain, mais il y a des raccourcis, des petits chemins d’école buissonnière qui vous surprennent et vous emmènent à l’aventure.

Je pourrais vous dire comme tout le monde que ceux sont les oeuvres d’art partout présentes dans la rue, inondant la ville de couleurs, qui m’ont fait tomber amoureux de Valparaiso, mais non. Je crois que c’est sa topographie, ses chemins de traverse, ses points de vue, et son côté déglingué, à l’opposé de Santiago, voilà ce qui m’a emporté à Valpo.

Comme ailleurs en Amérique du Sud, l’écologie n’est pas le point fort de la ville, ce n’est pas forcément ce côté-là qui charme bien entendu, mais plutôt le côté « usé », pas ravalé, pas propre au sens bordelais du terme. Car l’âme d’une ville ce sont d’abord ses murs. Les murs, reflet d’une population ? Alors si les murs sont blancs, propres et chics…

À Valparaiso c’est le bordel, simple.

Valparaiso et ses cerros bien entendu mais Valparaiso et celui qui nous tend les bras à chaque coin de rue, celui qui, à chaque prise de hauteur nous nargue de son puissant bleu, celui qui par son simple nom toise l’histoire d’un pays déchiré par la dictature : l’océan pacifique !

Une descente sur les plages de Valparaiso est une obligation. Bien sûr vous pourrez pousser, comme nous l’avons fait jusqu’à Viña del mar, et la balade sera sans intérêt. Mais sur les plages de Valpo règne une atmosphère bien particulière. Une sorte de friche industrielle accueille artistes, skatepark et autres activités. Un train abandonné a été transformé en étrange bar fantôme. Les filles courent toutes habillées dans l’eau. Les lions de mer se dorent la pilule sur une ruine en béton.

Voilà encore autant de raison de tomber amoureux de Valparaiso.

Ça ne vous suffit pas ?

Ok, il va donc falloir passer à l’image classique de Valparaiso, capitale mondiale du street art, des murals, de la couleur. « Mais c’est incroyable ! Mais c’est un vrai musée à ciel à ouvert! »… c’est vrai et pas seulement une rue comme ailleurs, pas seulement un quartier comme ailleurs, mais c’est bien à l’échelle de toute une ville que cela se passe ici et cela change tout.

Et si ce ne sont pas des oeuvres d’art qui s’affichent sur les murs, alors ce sont les façades des maisons que l’on colore, alors ce sont les escaliers qui, marches après marches, sont peints aux couleurs vives de la vie.

Et si l’on s’en donne la peine, sur l’un des escaliers de Valparaiso, se découvrent les paroles d’une des plus belles chansons qui soit, hommage à toute l’Amérique latine :

Latinoamérica – Calle 13 (2011)

Je suis,
Je suis ce qu’ils en ont laissé,
Je suis les restes de ce qu’ils ont volé [2].
Un peuple caché dans les sommets,
Ma peau est tannée, c’est pour cela qu’elle résiste à n’importe quel climat.
Je suis une usine à fumée,
Main-d’œuvre paysanne pour ta consommation
Front froid au milieu de l’été,
L’amour au temps du choléra [3], mon frère.
Le soleil qui naît et le jour qui meurt,
Avec les meilleurs couchers de soleil.
Je suis le développement incarné,
Un discours politique sans salive.
Les visages les plus beaux que j’ai connus,
Je suis la photo d’un disparu [4].
Je suis le sang dans tes veines,
Je suis un bout de terre qui vaut la peine.
Je suis un panier de haricots,
Je suis Maradona contre l’Angleterre te marquant deux buts [5] Je suis la hampe de mon drapeau
Ma cordillère est l’épine dorsale de la planète.
Je suis ce que mon père m’a appris,
Celui qui n’aime pas sa patrie, n’aime pas sa mère.

Je suis l’Amérique Latine,
Un peuple sans jambes, mais un peuple qui avance.

Refrain
Tu ne peux pas acheter le vent.
Tu ne peux pas acheter le soleil.
Tu ne peux pas acheter la pluie.
Tu ne peux pas acheter la chaleur.
Tu ne peux pas acheter les nuages.
Tu ne peux pas acheter les couleurs.
Tu ne peux pas acheter ma joie.
Tu ne peux pas acheter mes peines.

J’ai les lacs,
J’ai les rivières.
J’ai mes dents quand je souris.
La neige qui maquille mes montagnes.
J’ai le soleil qui me sèche et la pluie qui me mouille.
Un désert ivre de peyotes [6] pour un verre de pulque [7].
Pour chanter avec les coyotes [8],
C’est tout ce qu’il me faut !
J’ai mes poumons qui respirent du bleu ciel.
L’altitude qui les suffoque.
Je suis les molaires de ma bouche mastiquant la coca [9].
L’automne avec ses feuilles pâles,
Les vers écrits sous la nuit étoilée,
Une vigne pleine de raisins,
Un champ de canne à sucre [10] sous le soleil de Cuba.
Je suis la mer des Caraïbes qui veille les cabanons,
En faisant des rituels d’eau bénite.
Le vent qui peigne mes cheveux.
Je suis tous les saints qui pendent à mon cou [11].
L’essence de ma lutte n’est pas artificielle,
Parceque le fruit de ma terre est naturel

Refrain x1
+ bis en portugais

Tu ne peux pas acheter le soleil.
Tu ne peux pas acheter la pluie.
Nous traçons le chemin,
Nous avançons.
Tu ne peux pas acheter ma vie.
Ma terre n’est pas à vendre !
Je travaille dur, mais avec dignité,
Ici on partage, ce qui est à moi est à toi.
Ce peuple ne se noie pas dans la houle [12],
Et s’il s’effondre, je le reconstruis.
Je ne sourcille pas non plus quand je te regarde,
Pour que tu te rappelles de mon nom.
L’opération Condor [13] envahissant mon nid,
Je pardonne, mais jamais je n’oublie.

[chœur] Nous avançons, [/chœur] Ici ça respire la lutte
[chœur] Nous traçons le chemin, [/chœur] Je chante parce que ça s’entend
Ici nous sommes debout

Que vive l’Amérique !
Tu ne peux pas acheter ma vie.


[1] Calle 13 est un duo de rap urbain et de hip-hop de Puerto Rico composé de deux demi-frères René Pérez alias Residente et Eduardo Cabra alias Visitante.. Le nom Calle 13 provient du nom de la rue de Trujillo Alto où ils ont grandi.

[2] Référence au pillage de la colonisation par les Espagnols et Portugais

[3] Célèbre roman du prix Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez (colombien)

[4] Disparitions « étranges » de résistants aux régimes dictatoriaux des années 1960 – 1980 : période surnommée la « guerre sale »

[5] Quart de finale du mondial de foot 1986 : traversée du désert et « main de Dieu »

[6] Petit cactus millénaire sans épines, aux propriétés hallucinogènes utilisées dans de nombreux rituels amérindiens

[7] Boisson alcoolisée mexicaine à base de maguey

[8] Passeurs illégaux de la frontière mexico-étatsunienne rackettant les candidats à l’immigration illégale

[9] Véritable fondement culturel des communautés amérindiennes

[10] Difficile à traduire : peut-être roselières (champs de roseaux)

[11] Colliers que les croyants portent avec une image de leurs saints protecteurs

[12] Difficile à traduire : du portugais marulho, littéralement « grandes vagues ». Hésitation avec « l’écume »

[13] Campagne d’assassinats et de tortures organisée par les régimes dictatoriaux des années 70, visant à éliminer les leaders des mouvements subversifs

Très bonne traduction issue du site autrefutur.net

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